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Le travail des enfants au Maroc est un phénomène quantitativement massif et qualitativement grave. Ce sont des centaines de milliers qui, au lieu d'aller à l'école, sont astreints à travailler dès leur plus jeune âge. La condition qui leur est faite dans leur vie de travail comme dans leur vie tout court comporte tellement de contraintes et de dangers que leur droits fondamentaux, leur santé physique et psychologique, leur développement s'en trouvent gravement menacés ou compromis.

C'est un phénomène qui plonge ses racines dans le contexte de la pauvreté de l'analphabétisme, de la précarité des structures de l'économie et dans les représentations socioculturelles traditionnelles de l'enfance. Mais ces phénomènes qui se situent en amont du travail des enfants comme des causes se retrouvent aussi à son aval comme des conséquences formant ainsi un véritable cercle vicieux dont il occupe le centre. 

Les causes du phénomène

On s'accorde à reconnaître derrière le travail des enfants au Maroc deux causes essentielles, la pauvreté et la défaillance de l'école auxquels on ajoute souvent les représentations socioculturelles qui tolèrent et n'incriminent nullement la mise au travail des enfants et la précarité du tissu économique où le secteur informel grand employeur de main d'œuvre enfantine prédomine. .

La pauvreté

Plus de 35 % des Marocains sont considérés soit comme pauvres soit comme économiquement vulnérables. La majorité des pauvres se trouvent en milieu rural mais la pauvreté n'épargne nullement les habitants des villes. Toutes les grandes villes marocaines, dont Fès, sont entourées de véritables ceintures de pauvreté constituées de quartiers sous équipés où sévissent marginalité exclusion et misère. C'est dans ces quartiers que sont recrutés massivement les petits enfants travailleurs.

La défaillance de l'école

Le Maroc est un pays où le système d'enseignement est des plus défaillants. Deux indicateurs attestent cette défaillance : le taux d'analphabétisme (non scolarisation) et le taux de déscolarisation.

La non scolarisation

L'offre scolaire est restée pendant plusieurs décennies (pratiquement jusqu'à l'aube des années 90 du siècle dernier) limitée à une minorité d'enfants en âge de scolarité. Les filles bien entendu étaient plus touchées par cette exclusion du droit à l'école que les garçons.  
C'est ce qui explique que l'analphabétisme frappe encore une large partie de la population, en particulier les femmes et les ruraux. Selon les chiffres officiels, il y aurait encore plus de 40% de femmes analphabètes et plus de 30 % d'hommes.
Aujourd'hui, après les importants efforts déployés par l'Etat depuis la deuxième moitié des années 90 pour généraliser la scolarisation des enfants en âge de scolarité le taux d'accès à l'école des 6 ans dépasse, selon les chiffres du ministère de l'Education nationale, 95% en milieu urbain.
Mais cette augmentation massive du nombre de scolarisés ne fait que mettre plus en évidence le problème de la capacité de l'école à garder ceux qui y accèdent. Un problème derrière lequel se profile le grand problème de la qualité de l'école.

La déscolarisation

Malgré une politique volontariste et ambitieuse engagée depuis quelques années, (voir plus loin : la politique éducative…)  le problème de la rétention reste très épineux. Le taux national moyen d'abandon en cours d'année au cycle primaire est de 5%, de telle sorte qu'une école peut perdre en 6 ans qui est la durée du cycle 25 % de ses effectifs. Le taux moyen de redoublement est de 14 % (17%  en première année du primaire). Un chiffre aussi inquiétant.
En 1995-96, c'est-à-dire tout récemment, selon les statistiques du ministère de l'Education nationale, parmi 100 enfants âgés de 7 ans, 85 intègrent l'école, 45 accèdent au collège, 32 terminent le collège, 22 accèdent à l'enseignement secondaire et seuls 10 obtiennent le baccalauréat. C'est dire l'ampleur du problème de la qualité de l'enseignement qui reste posé avec acuité dans l'école marocaine.

Stratégiedu programme

La stratégie du programme est essentiellement préventive. Elle vise à prévenir le travail des enfants en luttant contre ce qui les conduit sur le marché du travail : la déscolarisation et la non scolarisation. Il s'agit en premier lieu de renforcer le lien enfant/école et de lutter contre les facteurs qui conduisent à sa fragilisation ou à sa rupture. Cela consiste à agir de manière complémentaire dans quatre directions :


En direction de l'école dont il faut améliorer la qualité afin de la rendre capable d'attirer l'enfant en son sein et de le retenir en lui offrant un enseignement de qualité. 

En direction de la famille qu'il faut impliquer davantage dans l'accompagnement de la scolarité de l'enfant qui devient son affaire à elle et non seulement l'affaire de l'enfant ou de l'école.

En direction de l'Etat sur lequel il faut faire pression afin de mettre en place les moyens pour passer des bonnes intentions à l'action concrète et de corriger sa politique en cas de besoin.

En direction des acteurs de la lutte contre le travail des enfants en les dotant des compétences professionnelles à mêmes de renforcer durablement leurs capacités à agir efficacement.

L'enfant sera donc le destinataire et l'acteur principal de l'action. C'est sur lui qu'elle sera centrée. Mais, pour être efficace et pérenne, l'action qui vise l'enfant doit viser aussi les autres acteurs desquels dépend sa scolarité, c'est-à-dire la famille, l'école mais aussi les autres acteurs. Car; un enfant qui quitte l'école pour aller travailler est souvent pris dans la spirale d'une double défaillance : celle de la famille et celle de l'école. Défaillance de l'école qui ne sait pas l'écouter, ne sait pas  (et n'a pas les moyens) de lui offrir des solutions adéquates à ses problèmes.
Défaillance de la famille aussi dont les difficultés économiques et sociales (pauvreté, dislocation des liens familiaux…)  retentissent sur l'enfant en premier lieu qu'elle incite ou encourage à quitter l'école et à intégrer le monde du travail.

Le programme vise donc en premier à agir sur l'école afin d'améliorer le service qu'elle offre pour en faire un univers attractif qui retienne l'enfant et lui offre les conditions de poursuivre sa scolarité. Elle vise en second lieu à agir sur la famille afin qu'elle prenne pleinement conscience de l'enjeu de la scolarisation de l'enfant et qu'elle assume sa responsabilité de lui transmettre non pas sa pauvreté mais les moyens de s'en sortir.

Et afin d'inscrire fermement ces deux types d'actions dans la durée, le programme entend les accompagner d'une action de construction et de renforcement des capacités des intervenants dans le domaine de la lutte contre le travail de l'enfant et d'une action de plaidoyer, de lobbying et de mobilisation autour de la lutte contre le travail des enfants par l'école en direction des acteurs concernés, en particulier les autorités éducatives